Accès limité aux semences intelligentes : un obstacle majeur à la sécurité alimentaire en Afrique
Les agriculteurs africains sont confrontés à un défi croissant pour assurer la sécurité alimentaire dans un contexte de changements climatiques de plus en plus extrêmes. Alors que des semences modifiées génétiquement, appelées « semences intelligentes », offrent des solutions prometteuses pour augmenter la résistance à la sécheresse, réduire la dépendance à l’eau et améliorer les rendements, l’accès à ces semences reste limité. Le manque d’infrastructures, de financement et de savoir-faire technique constitue un frein majeur à leur adoption à grande échelle.
Michael Wachira, un petit agriculteur des zones arides du centre du Kenya, est l’un des rares à avoir réussi à adopter ces semences, mais son parcours souligne les défis rencontrés par la majorité des agriculteurs africains. En 2018, après avoir découvert des semences de maïs modifiées pour être plus tolérantes à la sécheresse et nécessitant moins d’eau lors d’un forum d’agriculteurs, Wachira décide de les acheter et de les planter sur son hectare de terre. Résultat : sa récolte a considérablement augmenté, atteignant 40 sacs de 90 kg chacun, contre seulement 13 sacs auparavant. Cet essor a eu des répercussions positives dans sa vie, lui permettant même de financer les études universitaires de ses filles.
Des semences climatiques sous-exploitées : des obstacles multiples à surmonter
Malheureusement, malgré le succès de Wachira, de nombreux autres petits agriculteurs, notamment dans les zones rurales et isolées, ne bénéficient pas de l’accès aux semences intelligentes. Jonga Munyaradzi, responsable de la production de semences à la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (AATF) au Zimbabwe, souligne qu’il existe plus de 120 variétés de maïs adaptées au climat, développées par des centres de recherche comme le GCRAI, qui restent largement sous-utilisées. Selon M. Munyaradzi, les causes de cette sous-exploitation sont multiples : sensibilisation limitée, réseaux de distribution restreints, disponibilité incohérente des semences et absence d’harmonisation des régulations d’un pays à l’autre en Afrique.
Une étude menée dans 34 pays d’Afrique subsaharienne met en lumière les impacts dévastateurs des catastrophes climatiques, telles que les inondations et les sécheresses, sur les rendements agricoles. Armand Akpa, de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, explique que l’agriculture africaine a besoin de solutions durables, notamment des semences améliorées, pour faire face à l’incertitude climatique croissante.
Une solution face au changement climatique : les semences améliorées comme levier pour l’adaptation
Selon les chercheurs de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, l’utilisation de semences améliorées est une mesure essentielle pour l’adaptation au changement climatique. Elles permettent non seulement d’augmenter les rendements, mais aussi de sécuriser la production agricole face aux aléas climatiques. Ces semences intelligentes sont donc cruciales pour renforcer la résilience des petits exploitants agricoles et améliorer leur sécurité alimentaire, tout en contribuant à la génération de revenus dans les communautés rurales.
Infrastructures et financement : des barrières qui ralentissent la transformation du secteur semencier en Afrique
Malgré les progrès réalisés par des agriculteurs comme Wachira, de nombreux autres n’ont pas la possibilité d’accéder à ces semences, car les entreprises semencières africaines souffrent de multiples handicaps. M. Munyaradzi pointe le manque d’infrastructures adéquates, de financement et d’expertise pour soutenir la production et la distribution de semences de qualité. « Même lorsque les semences sont disponibles, les canaux de distribution, particulièrement dans les régions éloignées, rendent l’accès aux semences difficile pour les petits exploitants agricoles », ajoute-t-il.
Les obstacles administratifs, comme la certification et les processus de contrôle de qualité, compliquent également la circulation des semences entre les pays africains. Dans de nombreux cas, les semences doivent être testées et approuvées dans chaque pays, ce qui ralentit leur déploiement à grande échelle.
Un appel à l’action : le rôle clé des gouvernements et du secteur privé
Face à ces défis, il est essentiel que les gouvernements africains et les acteurs du secteur privé investissent dans le développement du secteur semencier local. M. Munyaradzi appelle à davantage d’investissements publics et privés pour soutenir la production locale de semences et garantir leur disponibilité pendant les périodes cruciales de plantation.
Les chercheurs et les agriculteurs insistent également sur l’importance d’impliquer les petits exploitants dans les programmes de sélection participatifs afin de s’assurer que les semences développées répondent à leurs besoins et préférences spécifiques. Une telle approche améliorerait non seulement les rendements agricoles, mais favoriserait aussi une adoption plus rapide et plus large des nouvelles technologies agricoles.
Moctar FICOU / VivAfrik