L’agriculture a depuis longtemps été vue comme le « socle » du développement en Afrique, et la mauvaise gestion du secteur comme la cause directe de son échec : de René Dumont à Edgar Pisani, pour beaucoup d’auteurs l’Afrique est agricole avant tout, et les politiques suivies en la matière ont débouché sur une impasse.
L’agriculture peut être définie comme un ensemble de travaux transformant le milieu naturel pour la production des animaux et végétaux utiles à l’homme. Alors que les hommes commencèrent de se réunir en société, ce fut pour eux une nécessite d’étendre leurs moyens de subsistance, et par conséquent de s’adonner à l’agriculture. Depuis plusieurs années, nous constatons que les habitants des pays en développement dont la subsistance est tributaire de l’agriculture sont encore, en règle générale, bien plus pauvres que ceux qui travaillent dans d’autres secteurs de l’économie et qu’ils représentent une forte proportion, souvent la majeure partie, de la totalité des pauvres dans leur pays. Il est difficile de nos jours de comprendre comment le secteur agricole africain piétine sans cesse au vue de son énorme potentiel, soit avec plus de 50% de terres arables non exploitées dans le monde. L’Afrique importe encore 50 milliards de dollars de nourriture chaque année, bien que l’agriculture et la chaîne de valeur associée au secteur pourraient fournir à la fois des emplois à sa jeunesse et une sécurité alimentaire à ses citoyens.
De fait, l’agriculture constitue la base de l’économie pour beaucoup d’Etats du continent. Au Mali comme à Madagascar, la population compte plus de 70 % de paysans, et en tout le secteur agricole fournit 57 % des emplois du continent. Pourtant, le secteur ne contribue que pour 17 % à son PIB. Dans de nombreux pays, il est notamment fragilisé par sa dépendance vis-à-vis des cultures de rente développées pendant la période coloniale et destinées à l’exportation. L’économie du Ghana, par exemple, est tributaire de l’évolution des cours mondiaux du cacao, celle du Mali des cours du coton, celle du Kenya des cours du thé. Certaines de ces cultures ont conduit à l’appauvrissement des sols, comme au Sénégal où la monoculture de l’arachide a abîmé durablement un écosystème déjà fragile, ou en Côte d’Ivoire où la culture du cacao s’est faite au détriment du couvert forestier.
Ainsi, l’engagement des chefs d’Etats africains à atteindre les objectifs contenus dans la déclaration de Malabo en 2014 sous le thème de l’année de l’agriculture en Afrique pour une prospérité de croissance inclusive est bel et bien la preuve que l’Afrique entend utiliser l’agriculture pour une prospérité partagée et de meilleures conditions de vie, grâce à l’exploitation des opportunités de croissance inclusive et de développement durable.
L’Afrique doit développer une agriculture maîtrisée
Selon certains acteurs, la possibilité de réduire la pauvreté à l’avenir, en s’appuyant sur des mécanismes tel sa contribution à la croissance et la création des débouchés économiques, ainsi que son rôle fondamental dans la stimulation et la poursuite de la transition économique ; sera fonction de la mesure dans laquelle la productivité agricole pourra être accrue là ou ce sera le plus nécessaire.
L’accent mis sur le développement de secteurs stratégiques non pétroliers ou miniers, comme l’agriculture et la gestion de l’eau notamment, devraient permettre de réduire la dépendance à certains revenus pétroliers ou miniers, de développer de façon endogène les économies nationales, de créer des emplois et d’éviter le diktat des institutions financières internationales, comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, qui ont déjà investi le terrain de la «révolution verte» en Afrique.
L’industrialisation, en plus d’être une source d’emplois verts, devrait permettre aux États d’accroître leurs investissements dans des secteurs sociaux essentiels pour le renforcement du capital humain, en mettant par exemple à la disposition des femmes des compétences et des technologies favorisant le développement durable.
Il est clair que l’agriculture contribue grandement à la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté des paysans. Christiansen et Demery en 2007 font observer que la croissance enregistrée dans l’agriculture contribue en moyenne nettement plus au recul de la pauvreté que celle qui est imputable aux secteurs non agricoles. D’après un rapport conjoint de l’Union Européenne, l’Usaid et le Programme alimentaire mondiale et l’Unicef sur les crises alimentaires publiées en 2016, il ressort que 108 millions de personnes dans le monde vivaient en insécurité alimentaire grave. Ces personnes sont principalement des ménages qui ne peuvent faire face qu’en ayant recours à leurs semences, leurs bétails et leurs biens agricoles pour produire de la nourriture. Ceci nous permet tout simplement, de reconnaître et de confirmer que l’agriculture et la sécurité alimentaire sont des déterminants clés de la nutrition et du développement de l’Afrique.
En un mot, l’Afrique doit développer une agriculture maîtrisée pour booster sa croissance et préserver son environnement.
Moctar FICOU / VivAfrik