Des drones font leur entrée dans l’agriculture de précision en Afrique

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Sept entrepreneurs africains vont être formés chez le leader français du drone agricole pour tenter d’implanter le modèle sur le continent. Un drone à aile fixe de l’entreprise Airinov s’envole pour cartographier un champ d’ananas près d’Accra, au Ghana, en octobre 2016, lit-on dans lemonde.fr.

Dans son bourdonnement caractéristique, le drone active ses quatre hélices et prend son envol. En quelques secondes, il surplombe et filme plusieurs hectares d’un champ d’ananas, en aborde les limites et revient se poser au milieu d’une petite foule compacte. La scène, début octobre près d’Accra, au Ghana, est inédite dans la plantation de Joshua Ayinbora, jeune agriculteur très enthousiaste. Les images du vol lui serviront à orienter son action sur le terrain, vérifier l’irrigation, ou constater des anomalies liées à des différences de traitement phyto sanitaires. « Comprendre mes ananas est décisif si je veux atteindre mes objectifs de croissance, lance-t-il. L’agriculture de précision est aujourd’hui indispensable pour minimiser les risques et maximiser les rendements. » Les drones agricoles permettent d’observer les champs grâce à un capteur spécifique, avec plus de précision que les images satellite, et d’amasser quantité de données : détection des mauvaises herbes et des maladies sur les cultures, constat des dégâts en cas de catastrophe, estimation de la quantité d’engrais nécessaires. De plus en plus utilisés pour la gestion des cultures en Europe et aux Etats-Unis (en France, le leader Airinov fournit des services à environ 8 000 agriculteurs), ils restent un marché à prendre en Afrique subsaharienne.

Le Centre technique de coopération agricole et rurale (Cta), une organisation internationale de développement créée en 1983 par 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et les États membres de l’Union européenne, et financée par cette dernière, y a vu une opportunité. « Une partie importante de notre travail se concentre sur les Tic (technologies de l’information et de la communication) innovantes », confie Giacomo Rambaldi, coordinateur de programme au Cta. A propos de l’usage des drones dans l’agriculture africaine, il parle de « potentiel énorme ». Le Centre a donc fait appel à une start-up française, Airinov, leader français du drone agricole avec 40 salariés et 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015, pour former sept entrepreneurs africains. Spécialistes des drones, développeurs ou chercheurs, le Cta les a sélectionnés pour leur connaissance des réalités du terrain et des Tic. Ils devront contribuer à mettre en place l’agriculture de précision à l’aide de drones dans leurs pays d’origine. « Un premier pas », selon monsieur Rambaldi. La démonstration d’octobre au Ghana, avec le matériel de la start-up, était l’occasion pour les différents acteurs de se rencontrer.

Grâce à une subvention du Cta, les entrepreneurs agricoles originaires du Ghana, de Tanzanie, d’Ouganda, du Bénin et de RDC se rendront en février dans les locaux d’Airinov, à Paris, pour une semaine de formation. « Ils vont pouvoir s’approprier notre technologie et déployer ensuite des services adaptés chez eux », explique Hamza Rkha Chaham, en charge des affaires internationales chez Airinov. Chacun d’entre eux fera l’acquisition d’un drone quadri-rotor à 5 000 euros, financé à 60 % par le Cta. Ils seront ensuite suivis pendant un an par la start-up, avec un bilan hebdomadaire. Les solutions proposées par Airinov en Europe et qui ont fait son succès, comme l’optimisation écologique et économique des usages de l’engrais, sont pour le moment peu adaptées à l’Afrique subsaharienne, où le taux d’utilisation d’engrais azotés est l’un des plus faibles au monde, et où les données sur le foncier sont souvent erronées ou inexistantes. « Nos applications en Europe visent l’optimisation. En Afrique c’est le contraire : il faut les orienter sur le développement, résume Hamza Rkha Chaham. Nos drones vont permettre d’établir une cartographie ou d’identifier un problème de culture qui se voit sur l’imagerie. Le but est de donner à l’agriculteur plus de marge de manœuvre pour investir. »

Moctar FICOU / VivAfrik

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